Rencontre avec : Valentin Trottier préparateur physique D2 féminine du TFC

Dans le cadre de ma pratique de préparateur mental, il est nécessaire de m’imprégner des pratiques et des codes des acteurs du monde du sport.

Aujourd’hui j’ai la chance de rencontrer une personne clef de l’encadrement de la D2 féminine du TFC.

L’équipe coachée par Émilie Gonssolin revient d’une saison 2018/2019 compliquée mais l’envie de jeu qui anime ces jeunes joueuses est un point d’appui sur le travail sportif du quotidien.

Bonjour Valentin et merci de me recevoir dans les locaux de l’association du TFC. Avant de te poser des questions sur ton quotidien au sein de cette section féminine du TFC, pourrais-tu te présenter ?

J’ai toujours été dans le foot mais je reste un passionné du sport. J’ai très vite voulu travailler auprès des sportifs ou dans le sport de manière générale. Tout mon parcours s’est construit dans le désir de devenir préparateur physique.

Donc un parcours « classique » en STAPS avec un service civique et un DU entre ma L3 et le M1 dans le cadre d’un club sportif au stade Lavallois.

J’ai ainsi pu mettre ma pratique à l’épreuve dans le cadre d’un accompagnement des sportifs !

Le cursus STAPS ne permet-il pas de faire ce lien avec le terrain ?

Si mais je voulais approfondir mes connaissances et les enrichir par des expériences sur de plus longues durées et mettre directement en pratique les connaissances théoriques travaillées en cours.

Ensuite ?

Ensuite, j’ai choisi d’effectuer mon stage de M1 sur Toulouse et j’ai eu la chance de pouvoir intégrer la section féminine du TFC.

A l’obtention de mon Master, le TFC m’a proposé de devenir le préparateur physique de la section féminine et plus particulièrement au niveau de la division 2 (D2).

Peux-tu me préciser tes missions au sein de l’association ?

Mon contrat comporte 3 missions principales :

  • La préparation physique de la D2 F
  • La responsabilité de tout le pôle athlétique de la section féminine avec les autres préparat.eurs.rices de la section féminine
  • La responsabilité de la motricité sur l’académie garçon de U10 à U13.

Existe-t-il des lignes directrices définies dans vos trois missions assignées ?

Actuellement celle qui est la plus travaillée au niveau transversal reste la prévention des blessures notamment celle des ligaments croisés du genou.

Une autre, depuis cette année, donne une priorité au lien entre qualité physique attendue et l’âge des athlètes. On se focalise sur le développement de la jeune footballeuse et on se concentre sur les pics de performance attendus. Je travaille en lien avec l’équipe de préparateurs physiques des différentes sections afin de définir les qualités à développer chez les athlètes à certains âges clefs.

Comment choisis-tu ces orientations ?

Je prône la communication au sein de l’équipe de préparation physique ! Les décisions et les orientations sont réalisés avec l’accord de tous. Les rapports sont horizontaux entre nous.

Existe-t-il des différences fondamentales dans le système des garçons ?

Pas vraiment, la méthode de travail est sensiblement la même. Elle est seulement adaptée aux athlètes et à leurs performances.

On essaye de faire au plus près du modèle garçon mais l’identité que l’on essaye de travailler en premier lieu dans la prépa physique est celle de la prévention.

Les résultats sont-ils déjà observables au niveau de la prévention des blessures ?

Il est clair que nous avons peu de recul (2 ans de mise en pratique ndlr). C’est un élément à considérer dans la durée mais les statistiques sur les dernières années montrent une tendance à la diminution des blessures.

C’est vraiment l’objectif numéro un pour nous. Ensuite interviennent les notions de performances athlétiques et de maintien de ces dernières dans le temps. C’est l’autre pendant de mes interventions.

Quels sont les éléments à considérer pour mener à bien ces missions ?

Il y’en a plusieurs et cela s’intègre dans l’emploi du temps des joueuses. Tout d’abord, la considération globale consiste à prendre les échéances que représentent les matchs et leurs impacts sur les joueuses (distance de Toulouse, déplacements…). On y intègre la dimension du soin avec la kiné, l’ostéopathe et le médecin du club en cas de besoin et également l’univers de la musculation mais toujours en lien avec les besoins spécifiques.

Il y a également la dimension du collectif qui est au cœur de notre projet.

Concrètement l’emploi du temps se découpe comment ?

Les matchs sont disputés généralement le dimanche. En partant de là, nous avons mis en place le lundi un temps soin et récup’ avec les soignants : récupération avec la Cryo et automassages ainsi que des séances renforcements haut du corps et stretching.

Mardi, séance terrain avec un échauffement que je mène et qui précède une séance de jeu de ballon et tactique mené par Émilie Gonssolin. Pendant ce temps-là, je reste sur le terrain ou sur le bord pour m’occuper par exemple des retours de blessures/réathlétisation.

Le mercredi, deuxième séance terrain avec une intervention en développement des caractéristiques physiques en fonction de la planification prévue. En ce moment, c’est beaucoup sur la notion d’explosivité et de puissance des membres inférieurs, mais les cycles de développement aérobie sont également effectués.

Jeudi, pas de séance terrain mais récup’ et renforcement musculaire personnalisé.

Vendredi soir, troisième et dernière séance terrain avec de mon côté une séance basée sur la vivacité pour mettre en condition les filles pour leur match.

Si on compte les déplacements, les semaines sont bien remplies !

En effet ! mais dans un métier passion, on ne compte pas vraiment !

Au niveau sportif, quels sont les objectifs de cette année du coup ?

Le maintien. On va pas se le cacher. Après la saison passée qui fut haletante, cette année nous voulons nous maintenir.

L’année dernière, le travail s’est porté plus sur les têtes que sur le terrain. Actuellement, nous sommes relégables à un point du premier barragiste (en attente des décisions en cette période de confinement. Ndlr.).

Comment les filles vivent cette situation ?

Le gros point positif est que le groupe vit très très bien. L’année dernière a été une année difficile également avec un maintien obtenu lors du barrage.

Cette année, le groupe est défini par l’harmonie et notre travail se focus sur le maintien de cette entente.

A mon niveau, il faut que je puisse gérer et adapter au mieux mes exercices en fonction des contraintes personnelles de chacune, tout en incluant cette dimension de dynamique collective.

On est confiant !!

Les leaders de l’équipe doivent être présents et actifs dans ces moments non ?

Le capitaine est choisi en début d’année. Les rôles des leaders dans le groupe se sont construits sur le leadership de jeu essentiellement. Il nous manquerait peut-être un peu d’expérience mais le groupe vit tellement bien que nous allons maintenir le cap ! On a confiance en elles !

Sur quels principes repose cette harmonie pour vous ? quel est ce petit plus ?

Le petit plus ? La confiance ! En tant que préparateur physique, mon principe numéro 1 est la relation et du coup la communication est capitale. On a un rôle privilégié dans le dispositif. Nous n’avons pas toutes les responsabilités qui découlent du poste de coach d’Émilie Gonssolin. La relation est peut-être plus directe. En tout cas, il faut mériter la confiance des filles pour les pousser à se dépasser !

Est-ce un travail spécifique de votre rôle auprès des sportives féminines ?

Pour rebondir sur ce qu’on disait juste avant, la notion de confiance est primordiale chez les filles. Les questionnements et les échanges sont plus nombreux et peut être plus qualitatifs mais avec un besoin de confiance plus important.

Une autre différence avec les garçons pourrait être le besoin de comprendre pourquoi on bosse tel ou tel exercice. Ça demande un travail d’explicitation de ma part plus important.

Vous parliez de confiance. Ce lien est-il travaillé ?

Pas de manière formalisée mais on travaille avec un préparateur mental en formation qui peut aborder ces notions.

La dimension mentale dans votre quotidien de préparateur physique se situe à quel niveau et comment cela s’exprime-t-il ?

C’est plus au niveau de la motivation. Je suis vraiment présent du début à la fin de l’exercice, c’est-à-dire que dans les mots, je motive et je stimule en fonction des exercices. Je tente d’adapter mon vocabulaire à l’effort que je demande aux filles de produire. Je suis proche d’elle pendant ces moments de dépassement de soi. C’est ma manière d’être motivant pour les athlètes. Ensuite, on essaye d’être le plus présent et disponible possible.

Dans la mise en place des exercices et dans leur anticipation ?

C’est clair que l’explication des exercices permet d’être plus efficace. C’est une chose que je ne faisais pas forcément au début de ma pratique mais que je tends à mettre en place progressivement.

Une dernière question, dans le contexte actuel avec les scandales qui éclatent dans le monde du sport et notamment les abus des entraineurs ou autres personnes à responsabilités, avez-vous des éléments sur lesquels vous portez particulièrement votre attention ?

C’est un sujet délicat en effet mais c’est très clair dans les têtes. Je suis prépa physique et je me positionne en tant que tel. La précision des mots reste cependant nécessaire et ce dans toutes les situations.

Ma profession est un métier de proximité mais je veille toujours à ce que mes interventions soient dénuées d’ambiguïté !

Merci beaucoup Valentin pour votre temps et bon courage pour la suite de la saison !!!

 

 

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